Octobre 2010 : Le bois Douglas est maintenant détruit en très grande partie, mais voici les détails du combat pour sa sauvegarde.
Mars 2010
L’annonce de l’autorisation du prolongement de la rue
Douglas à Saint-Jean-sur-Richelieu indigne vivement une grande
proportion de citoyens. Depuis plus de quatre ans, ce projet a donné
lieu à un débat sur la protection du dernier bois mature dans la zone
urbaine de Saint-Jean, qui se trouve dans l’axe de la rue projetée. La
Ville n’a jamais voulu rendre public l’inventaire jusqu’au dévoilement
du plan de conservation de ce milieu naturel de huit hectares,
comprenant trois marécages totalisant 2,9 hectares. Voici un bref
historique des événements et un aperçu des enjeux.
Résumé de la situation
Actuellement, une grande proportion des citoyens de
Saint-Jean-sur-Richelieu demandent à la municipalité de conserver
intégralement les 8 hectares (16 terrains de football) du bois Douglas
et de produire des plans d’aménagement indiquant clairement la
conservation complète des superficies de ce milieu naturel de haut
niveau de biodiversité. La parcelle voulant être conservée semble
minime par rapport à l’ensemble de l’écosystème du bois Douglas. Et la
compensation, demandée par le MDDEP en retour, seulement pour les trois
marécages totalisant 2,9 hectares, n’en est pas une réelle, car au bout
du compte, on abandonne l’objectif essentiel de zéro perte nette.
Malgré la « supposée » parcelle de conservation (la Ville ne
veut rien dévoiler à ce sujet), les 5,1 hectares restants de forêt
riche en biodiversité sont très majoritairement oubliés.
Le bois Douglas est une forêt mature qui couvre une superficie de 8
hectares, et des milieux humides de 2,9 hectares y sont intégrés. On y
retrouve des essences d’arbres particulières telles que le Caryer ovale
et l’Amélanchier arborescent. On y rencontre des amphibiens tels que la
Rainette crucifère. Des dizaines d’espèces d’oiseaux occupent cet
espace qui leur sert de refuge, de halte migratoire, de dortoir, de
lieu de nidification et d’alimentation. La population de Caryers
ovales, essence susceptible d’être désignée menacée, serait le
regroupement le plus important de la région. Il s’agit de la dernière
grande superficie boisée indigène dans le centre de
Saint-Jean-sur-Richelieu. Il s’agit d’un patrimoine johannais d’une
valeur inestimable pour la population actuelle et pour les générations
futures. De plus, cette forêt agit comme brise-vent, atténue le bruit
de l’autoroute située en bordure et filtre l’air, alors que ses milieux
humides filtrent l’eau.
Des villes comme New-York et Montréal ont des forêts de
valeur en pleine ville. Des villes voisines comme Longueuil et
Châteauguay ont plus de 10 % de leur territoire affecté à la
conservation de milieux naturels. Pour assurer la représentativité de
la biodiversité d’un territoire donné, 12 % de couvert végétal naturel
doit être minimalement conservé, selon le Rapport Bruntland. Sur
l’ensemble du territoire de Saint-Jean-sur-Richelieu, ce pourcentage se
situe actuellement à moins de 7,2 % et aucune réglementation solide
n’assure de protection à très long terme.
Signe de l’urgence d’agir en fonction d’une conservation
immédiate, des données validées par l’Agence forestière de la
Montérégie entre les années 1999 et 2004 stipulent que la Ville de
Saint-Jean-sur-Richelieu a déboisé l’équivalent de 154 hectares (308
terrains de football) de forêts naturelles sur son territoire.
Actuellement en 2010, plusieurs projets sur la liste de la Ville se
traduiront par une continuation de cette destruction débridée de
milieux naturels malgré l’adoption d’une Politique environnementale et
le dévoilement d’un plan de conservation. En effet, ce dernier ne
prévoit protéger que 4,8 % de la zone blanche de la Ville. Parmi les
surfaces choisies pour ce plan de conservation, plusieurs sont
fortement altérées par l’intervention humaine, d’autres sont en friches
ou ne contiennent aucune végétation arbustive.
Le bois Douglas est un cas typique des écosystèmes de
l’érablière à Caryers qui sont menacés dans le Québec méridional. Il
n’est pas seulement un actif environnemental johannais, mais appartient
au patrimoine naturel collectif qui n’a pas encore été touché par
l’intervention humaine dans l’ensemble de la couronne métropolitaine.
Il est un symbole représentatif de la biodiversité québécoise pour les
générations futures.
Chronologie des événements
2005
Le 14 décembre 2005, il est écrit dans
le journal Le Canada Français : « Vibrant plaidoyer
d’un citoyen pour protéger le boisé Douglas, Maxime Tremblay demande la
conservation du boisé Douglas dans le quartier Normandie. Réagissant à
la récente décision des élus de demander au ministère de
l’Environnement un certificat d’autorisation pour des travaux
dans des " milieux humides " se trouvant dans le tracé
proposé du prolongement de la rue Douglas, entre la rue Marie-Derome et
le boulevard Saint-Luc, il s’oppose carrément au projet. »
2006
Le 26 mai 2006, le ministère du
Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) prend la
décision de « fermer » temporairement la demande
d’autorisation de la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu pour le projet
de remblayage des milieux humides dans le prolongement de la rue
Douglas. La Direction régionale du MDDEP soutient que la Ville doit
adopter un plan de conservation et de gestion des milieux naturels
avant de conclure sur la demande de destruction des milieux humides
inventoriés.
Le 16 octobre 2006, une pétition de
quelques 1600 signatures est remise à la séance du Conseil municipal de
Saint-Jean-sur-Richelieu, afin de conserver le bois Douglas dans son
ensemble. Quelques 40 personnes se sont déplacées soit pour manifester
pacifiquement avant la séance et/ou pour intervenir en posant des
questions pertinentes aux élus.
Les citoyens voulaient à l’époque et veulent toujours
que la Ville respecte l’article 22 de la Loi sur la qualité de
l’environnement qui stipule que les intervenants qui font des travaux
de remblayage dans les milieux humides sans autorisation sont en
infraction et se doivent de présenter des plans de remise en état des
lieux. Des travaux de remblayage partiel avaient étés effectués en 2005
dans le bois Douglas sans la permission du MDDEP.
Le 15 janvier 2007, malgré le fait que
la Ville n’avait pas encore adopté sa politique environnementale, le
conseil municipal de Saint-Jean-sur-Richelieu présente au MDDEP une
nouvelle demande d’autorisation de travaux dans les milieux humides
concernés par le prolongement de la rue Douglas, entre la rue
Marie-Derome et le boulevard Saint-Luc. Cette démarche contrevenait et
contrevient toujours à la crédibilité du processus d’adoption d’un plan
de conservation des milieux naturels.
2007
Le 31 janvier 2007, le Mouvement
écologique du Haut-Richelieu estime que la Ville entache le processus
du plan d’urbanisme et celui d’une politique de protection des milieux
naturels. Plutôt que d’analyser son développement dans son ensemble, la
Ville continue de travailler à la pièce. La compensation que la Ville
propose en échange des milieux humides du bois Douglas n’en est pas
une, puisqu’il s’agit de protéger un milieu naturel existant. Une vraie
compensation serait de créer un nouveau milieu humide. Mais encore, il
faut des décennies pour reconstituer un milieu humide et une forêt
mature.
Le 15 octobre 2007, la Ville s’apprête
à protéger ses boisés d’intérêt. En tout, 35 zones sont touchées par le
règlement. Le bois Douglas ne fait pas partie de la liste des bois
protégés de la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu.
Le 24 octobre 2007, le Mouvement
écologique du Haut-Richelieu déplore que la Ville renonce à protéger le
bois Douglas. Selon le coordonnateur Marc Delage, le bois Douglas
constitue une entité forestière unique sur le territoire de
Saint-Jean-sur-Richelieu, notamment en raison de sa superficie. Il
s’agit d’une forêt mature remarquable pour sa composition végétale
particulièrement riche.
2008
Le 5 mai 2008, la Ville de
Saint-Jean-sur-Richelieu adopte sa première Politique environnementale.
Certains aspects fondamentaux de la version finale, rédigée par les
hauts responsables de la Ville, déplaisent profondément aux
environnementalistes du comité ad hoc qui ont pourtant contribué
grandement à la réalisation du document. Cette Politique
environnementale, qui se voulait au départ un exercice démocratique, a
dérapé à la dernière étape de sa réalisation.
Le 14 mai 2008, les
environnementalistes émettent des réserves au niveau de la protection
des milieux naturels décrite dans la Politique environnementale de la
Ville. La politique est loin d’être claire sur le sujet. Elle ouvre la
porte au déboisement. La municipalité continue de manquer de
transparence sur ce sujet et ses agissements laissent les citoyens
perplexes.
Le 6 août 2008, le journal Le
Canada Français affirme avoir été débouté devant la Commission
d’accès à l’information. Cet organisme avait conclu à la mi-juillet
2008 que la divulgation de l’inventaire des milieux naturels dans le
prolongement de la rue Douglas pourrait provoquer des débats mettant en
péril les négociations avec le Ministère du Développement durable de
l’Environnement et des Parcs (MDDEP). L’inventaire restera donc secret.
En complément de cette affirmation, la Fédération des
journalistes du Québec trouve invraisemblable la décision rendue par la
Commission d’accès à l’information sur le dossier de la rue Douglas.
« C’est un inventaire. Il contient des faits scientifiques. Ce
n’est pas une opinion », mentionne M. Claude Robillard, secrétaire
général de la Fédération des journalistes du Québec. « Il
appartient aux citoyens de se faire une idée et de juger si les
environnementalistes ont raison ou pas. La possibilité de débattre
d’une question est l’essence même de la démocratie ».
2009
Le 7 janvier 2009, en première page du
journal Le Canada Français on annonce : « 20 M$
pour conserver nos milieux naturels ». On mentionne paradoxalement
que le projet de la rue Douglas sert de monnaie d’échange. Pourtant,
aucun inventaire des milieux naturels n’est rendu public pour justifier
cette façon d’agir. C’est démocratiquement inacceptable et scandaleux.
Le 28 janvier 2009, le journal Le
Canada Français annonce : « Québec autorise le
prolongement de la rue Douglas ». En effet, le 16 décembre 2008,
le Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs
(MDDEP) a délivré un certificat d’autorisation (c.a.) pour permettre le
remblayage de trois marécages représentant 2,9 hectares de milieux
humides et aussi l’anéantissement de l’ensemble de la superficie boisée
de 8 hectares qui contient ces mêmes marécages. Deux marécages arborés
totalisent une superficie de 28 000 mètres carrés, soit l’équivalent
d’un peu plus de cinq terrains de football. Un troisième marécage,
arbustif celui-là, occupe une superficie de 1000 mètres carrés, soit à
peu près deux lots résidentiels.
Au niveau municipal, ce projet de prolongement de la rue
Douglas a conduit la Ville à se doter d’un plan de conservation de ses
milieux naturels. Le plan est proche de sa version finale qui devrait
être soumise au conseil municipal dans les prochaines semaines. La mise
en œuvre du plan nécessitera cependant l’adoption d’une loi privée par
l’Assemblée nationale. Une parcelle devrait être préservée. Un site de
58 287 mètres carrés bordant la route 219 serait offert en
compensation. Le prolongement de la rue Douglas pourrait se faire avant
l’entrée en vigueur du plan de conservation des milieux naturels de
Saint-Jean-sur-Richelieu.
Le 16 février 2009, plus de 60
citoyens assistent à la séance du conseil municipal et demandent à la
Ville un moratoire sur le bois Douglas. Suite à l’octroi du certificat
d’autorisation autorisant le prolongement de la rue Douglas, ils
s’opposent à toute intervention dans le bois Douglas tant que le plan
de conservation ne sera pas adopté et que les inventaires sur ce milieu
n’auront pas été dévoilés. Le maire Gilles Dolbec a émis l’idée d’en
rediscuter avec le conseil. Les citoyens auront une réponse lors de la
prochaine assemblée, le 2 mars.
Le 2 mars 2009, le maire Gilles Dolbec
a affirmé qu’il n’y aura pas de moratoire sur le bois Douglas. Il se
refuse à reprendre un débat sur le sujet. Le projet va se faire, a-t-il
tranché. Il ne s’est pas engagé à divulguer les études réalisées sur le
terrain. Il a indiqué que le plan de conservation serait soumis au
comité consultatif en environnement à la mi-avril. Il n’a pu dire si
les études seraient dévoilées à ce moment.
Le 29 avril 2009, le journal Le
Canada Français annonce en première page : « 31
millions de pieds carrés de milieux naturels préservés ». La Ville
a dévoilé son plan de conservation le 22 avril 2009. La superficie
protégée représente 4,8 % de la zone blanche de la Ville de
Saint-Jean-sur-Richelieu. C’est loin du seuil de 12 % proposé par la
Commission mondiale sur l’environnement et le développement, mais
compte tenu du stade avancé de développement de la zone urbaine, la
Ville considère que c’est un bon pas.
Le 6 mai 2009, il est écrit dans Le
Canada Français : « Le bois Douglas doit faire parti du
plan de conservation ». Maxime Tremblay prône l’importance de
conserver un bois en plein centre de la ville. Les avantages à de
nombreux niveaux tels les coûts non comptabilisés, l’accessibilité,
l’esthétisme et la qualité de vie que procure ce patrimoine naturel
sont analysés avant d’envisager une possible perte irrémédiable.
2010
Le 27 janvier 2010, le journal Le
Canada Français annonce : « Un IGA sera construit dans
le bois Douglas ». Nécessitant des investissements de plus de 10
M$, la nouvelle succursale de 40 000 pieds carrés adoptera ainsi la
bannière IGA Extra. La construction du commerce, qui devrait débuter à
l’automne 2010, engendrera la création d’une centaine d’emplois.
Le 17 février 2010, le journal Le
Canada Français annonce : « Turcotte ne veut pas d’un
IGA dans le bois Douglas ». Dave Turcotte, député de
Saint-Jean-sur-Richelieu à l’Assemblée nationale, se prononce contre la
construction d’un supermarché dans le bois Douglas. Il ajoute sa voix
aux opposants. Il affirme : « La conservation des milieux naturels
est prioritaire. Nous devons donner une vocation au boisé Douglas qui
respecte la biodiversité en place tout en étant innovateur. » Il
pense au développement de sentiers pédestres, à un centre
d’interprétation de la nature et à une présence commerciale établie
selon des bases du développement durable, tant par le type de
construction que sa vocation.
En complément à cette information : « Bachand
souhaite une consultation ». Claude Bachand, député de
Saint-Jean-sur-Richelieu à Ottawa affirme : « Je tiens à
souligner que l’on peut faire du développement économique et commercial
basé sur le développement durable, tout en respectant l’environnement.
Face à cet enjeu important, il faut donner la parole aux citoyens et je
propose que la Ville effectue une consultation publique sur la
préservation et l’avenir du bois Douglas. »
Le 24 février 2010, en première page
du journal Le Canada Français on annonce : « BOIS
DOUGLAS : Dolbec veut des solutions - Vent d’opposition sur
Facebook! » La sortie publique des députés Dave Turcotte et Claude
Bachand en faveur de la sauvegarde du bois Douglas n’a pas été bien
accueillie par le maire de Saint-Jean-sur-Richelieu, Gilles Dolbec. Ce
dernier leur demande de lui soumettre des solutions concrètes, tout en
leur rappelant que le bois Douglas n’appartient pas à la Ville, mais
plutôt à des promoteurs. Aller contre le développement qu’on veut y
faire pourrait entraîner des poursuites judiciaires. Pendant ce temps,
les opposants se manifestent dans les pages d’opinions du journal Le
Canada Français et sur Facebook, où le bois Douglas compte plus de
1200 amis.
La Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu annonce, par le
biais d'une annonce classée dans le journal local, qu'il y aura
une assemblée publique de consultation pour le projet de règlement no.
0918 afin de retirer la zone H-5587 de l'application des dispositions
relatives aux boisés d'intérêt. En termes clairs, la firme P.
Baillargeon s'apprête à poursuivre la phase 3 de son développement dans
l'érablière des frères Maristes.
Considérant que la population n’était pas suffisamment
informée, le comité SOS bois Douglas a décidé de faire du porte à porte
pour aviser et sensibiliser la population environnante de ce boisé et
leur demander d'assister à l'assemblée municipale où un vote
devait être pris à cet effet.
Le soir de l'assemblée du 15 mars 2010,
la salle du conseil municipal était pleine et la consultation, qui
devait durer 15 minutes, a été débattue pendant deux heures.
Aucun des citoyens présents n'était d'accord avec ce projet et tous ont
demandé à la Ville de refuser de dézoner ce boisé. Tous
considéraient qu'il faisait partie du patrimoine d'Iberville et les
gens commencent à réaliser qu'il ne reste que 7 % de couvert
boisé alors qu'il en faut un minimum de 12 % pour assurer la
biodiversité d'une région.
Le sujet a été clos par M. Berthelot (maire suppléant en
remplacement de M. Dolbec qui était en vacances) qui a reporté le vote
à la prochaine assemblée et qui a dit qu'il rencontrerait la firme P.
Baillargeon afin d'arriver à une entente.
À la page A-16 du Canada Français du 25 mars 2010,
nous pouvons y lire que la firme P. Baillargeon maintient son projet de
développement dans le bois des frères Maristes. Des arbres ont été
coupés pendant l'hiver alors qu'encore aujourd'hui, le boisé est
considéré comme « boisé d'intérêt », car le vote n’a toujours pas eu
lieu pour l’en retirer. Y aura-t-il des sanctions pour les
contrevenants? La firme P. Baillargeon conclut que ce boisé est en état
de dégradation avancée. Selon des biologistes que nous avons contactés,
le boisé n’est pas en état de dégradation mais plutôt en état de
regénération. En effet, avec l'éclaircissement qui vient d'être fait
les jeunes arbres en place vont pouvoir grandir. Alors que la dernière
consultation publique a clairement établi que les citoyens
ne veulent plus voir tomber les arbres, le promoteur décide
quand même de continuer le développement.
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